COOPÉRATION CAMEROUN–ÉGYPTE L’EAU ET L’ÉNERGIE AU CŒUR DES ÉCHANGES ENTRE YAOUNDÉ ET LE CAIRE
COOPÉRATION CAMEROUN–ÉGYPTE
L’EAU ET L’ÉNERGIE AU CŒUR DES ÉCHANGES ENTRE YAOUNDÉ ET LE CAIRE
Une heure d’horloge. C’est le temps qu’a duré l’audience accordée, ce jeudi 10 septembre 2026, par le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, à l’Ambassadeur Karim Sherif, Ministre assistant égyptien chargé des Affaires africaines. Le diplomate était accompagné de l’Ambassadrice de la République arabe d’Égypte au Cameroun et de représentants de l’entreprise égyptienne The Arab Contractors.
Cette visite de courtoisie et de coopération a permis aux deux parties d’examiner les besoins prioritaires du Cameroun ainsi que les projets matures susceptibles de bénéficier de l’expertise, des technologies et des investissements égyptiens dans les secteurs de l’eau et de l’énergie.
La rencontre, tenue au Cabinet du Ministre à Yaoundé, s’inscrivait dans le cadre de la visite effectuée au Cameroun, du 8 au 10 septembre 2026, par le Ministre assistant égyptien chargé des Affaires africaines.
Établies formellement le 7 janvier 1961, au lendemain de l’accession du Cameroun à l’indépendance, les relations diplomatiques entre les deux pays reposent sur plus de six décennies de dialogue politique, d’échanges techniques et de coopération dans plusieurs secteurs.
Des solutions africaines aux problèmes africains
L’Ambassadeur Karim Sherif a présenté sa mission comme une visite de courtoisie et de coopération destinée à donner une nouvelle impulsion aux relations entre Yaoundé et Le Caire. Cette démarche s’inscrit, selon lui, dans le cadre de la coopération Sud-Sud et vise à promouvoir un partenariat gagnant-gagnant.
« Nous devons travailler de manière à bâtir une Afrique qui dispose de ses propres ressources et qui les exploite au service de son développement », a-t-il déclaré. Pour le diplomate égyptien, les États africains doivent mutualiser leurs expertises, leurs technologies et leurs capacités afin d’apporter des solutions africaines aux problèmes du continent.
Il a indiqué être venu prendre connaissance des besoins prioritaires du Cameroun et identifier les projets suffisamment matures pour bénéficier de l’expertise et de l’accompagnement égyptiens. Les responsables camerounais ont ainsi été invités à transmettre des propositions précises ainsi que les dossiers des projets prêts à être développés.
La présence de The Arab Contractors a donné une dimension économique et opérationnelle aux échanges. Cette entreprise égyptienne a notamment participé, aux côtés d’Elsewedy Electric, à la construction de la centrale hydroélectrique Julius Nyerere en Tanzanie. D’une puissance installée de 2 115 mégawatts, cet ouvrage, inauguré le 22 août 2026, figure parmi les plus importantes infrastructures hydroélectriques d’Afrique.
La partie égyptienne a également présenté son expertise dans la construction des barrages, l’énergie solaire, le dessalement de l’eau de mer, l’irrigation et la gestion des ressources hydriques. Elle a exprimé sa disponibilité à accompagner le Cameroun dans la préparation et la réalisation de projets structurants.
Le projet hydroélectrique de Kikot a aussi été évoqué au cours des discussions. Un représentant de la partie égyptienne a indiqué que l’une de ses entreprises figurait parmi les structures présélectionnées dans le cadre de ce projet, tout en affirmant sa disponibilité à examiner d’autres possibilités d’intervention dans le secteur hydroélectrique camerounais.
Accroître la production et renforcer les compétences locales
Le Ministre de l’Eau et de l’Énergie a remercié son hôte pour les formations offertes par l’Égypte aux cadres camerounais. Gaston Eloundou Essomba a ensuite présenté l’augmentation des capacités de production comme l’un des principaux défis du secteur électrique national.
Il a particulièrement insisté sur le développement de l’énergie solaire, notamment dans les régions septentrionales qui disposent d’un important potentiel d’ensoleillement. Le Ministre a cité les centrales solaires déjà installées à Maroua et à Guider avec l’entreprise norvégienne Scatec, suivant un modèle de location-vente. Il a également indiqué que trois autres projets solaires étaient en cours de développement afin d’accroître et de diversifier l’offre électrique du Cameroun.
Les échanges ont également porté sur le potentiel gazier du pays et les possibilités de valorisation du gaz pour renforcer la production électrique. Cette ressource constitue un autre axe susceptible de bénéficier de l’expertise et des investissements égyptiens, en complément du solaire et de l’hydroélectricité.
Gaston Eloundou Essomba a par ailleurs évoqué le projet d’interconnexion entre le Réseau interconnecté Sud et le Réseau interconnecté Nord. Cette infrastructure stratégique devrait faciliter les échanges d’énergie entre les différentes parties du pays et améliorer l’approvisionnement électrique des régions septentrionales. Sa mise en service devra être suivie de la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Lagdo afin d’accroître la disponibilité de cet ouvrage.
Dans le secteur de l’eau, le Ministre a relevé les difficultés d’accès à la ressource auxquelles font face les populations rurales. Il a souligné la nécessité de planifier, dès la fin de l’année, la construction de barrages collinaires afin d’améliorer la mobilisation et le stockage de l’eau dans les zones concernées.
Au-delà de la construction des infrastructures, la partie égyptienne a proposé d’accompagner ses interventions par des programmes de formation professionnelle et de transfert de technologies. L’objectif est de former des techniciens camerounais capables d’assurer l’exploitation et la maintenance des équipements, tout en favorisant progressivement le développement de compétences et de capacités locales de production.
Les deux parties ont enfin évoqué la tenue, en Égypte, d’un forum d’affaires Cameroun–Égypte d’ici à la fin de l’année 2026. Cette rencontre devrait favoriser la mise en relation des opérateurs économiques des deux pays et permettre au Cameroun de présenter ses besoins ainsi que les projets matures susceptibles de bénéficier de l’expertise, des technologies et des investissements égyptiens.
L’audience marque ainsi une volonté commune de faire évoluer les relations historiques entre le Cameroun et l’Égypte vers des partenariats économiques plus concrets, centrés sur l’énergie, l’eau, les infrastructures, la formation professionnelle et le transfert de technologies.
Urbain Claude Nlate Ndongo
